FashionHEAD

A Decade of Fashion at Geneva School of Art and Design, 2007-2018

La célébration des dix ans de la HEAD – Genève se poursuit avec la publication d’un opus conséquent (408 pages) consacré à l’un des départements les plus en vue sur le plan international lors de la décennie écoulée : le Design Mode et accessoires. Capter les regards et les désirs lointains, une nécessité pour un département installé dans un territoire que le directeur de l’école Jean-Pierre Greff décrit en introduction de FashionHEAD, comme un « no man’s land de la mode ». Moisson de sélections et de récompenses à des concours internationaux, y compris une présence de diplômé·e·s quasi annuelle au tremplin majeur qu’est le Festival de mode et de photographie de Hyères depuis 2012. Défilés en Chine, aux fashion weeks de Londres ou de Rio de Janeiro. Exposition à Washington. L’extraversion du département semble inversement proportionnelle à l’austérité prétendue d’une ville de banquiers de tradition calviniste. FashionHEAD raconte avec une ample iconographie et de nombreux courts textes ce succès d’outsider porté par la vision d’un directeur qui a décelé dans la position géographique médiane de Genève, entre Paris et Milan, et la présence d’une industrie locale du luxe, des ingrédients capables de précipiter.

FashionHEAD, Une décennie de mode à la HEAD, 2007-2018. © HEAD – Genève 2019, Michel Giesbrecht.

 

Le grand mérite de l’ouvrage, conçu par le journaliste Nic Ulmi et les graphistes Neo Neo, est de parvenir à concilier la richesse kaléidoscopique de la création mode de la HEAD, des analyses précises sur la pédagogie de l’école et les logiques qui transforment l’industrie, avec l’implacable efficacité visuelle d’un magazine de mode. Exemplaires en cela, les deux séries d’images qui encadrent le livre révèlent d’abord un sens aigu de la direction artistique chez des étudiants qui ne se contentent pas de créer des vêtements, mais savent les mettre en scène. Ces images montrent combien le vêtement est terrain d’expression de multiples débats contemporains, qu’il s’agisse des questions de genre, de sexualité, de métissage, d’émancipation, de recyclage, de rétromanie, mais aussi un lieu d’idéalisme esthétique, qu’il soit classique, romantique ou franchement expérimental.

Y a-t-il un style HEAD ? Comment l’écart par rapport aux grandes capitales de la mode est-il surmonté ? A-t-on le droit d’emprunter des éléments de tradition vestimentaire à d’autres cultures ? Quel rapport entre l’architecture et la mode ? Comment préparer un étudiant au système et au rythme effréné de cette industrie ? Vaut-il mieux intégrer une grande maison que de se lancer en indépendant·e ? Ces questions au cœur du livre et de l’enseignement à la HEAD évoquent le métier par ses deux faces, celle de l’expérimentation en termes de volumes, de matières, de techniques, de références et celle de l’entrée sur un marché exigeant. Elles sont discutées dans l’ouvrage par Léa Peckre, responsable actuelle du département Design Mode et accessoires, par ses devancières Chistiane Luible, Ying Gao et Leyla Belkaïd Neri, et par un large panel de professeur·e·s et d’intervenant·e·s.

FashionHEAD, Une décennie de mode à la HEAD, 2007-2018. © HEAD – Genève 2019, Michel Giesbrecht.

 

En toute logique, la charpente du livre est consacrée aux images du défilé annuel organisé par l’école, l’événement vers lequel convergent tous les regards et les efforts des étudiant·e·s et de leurs professeur·e·s. « Ces défilés […] auxquels se pressent plus de 2000 personnes, les places se vendant toutes en moins de 24 heures, ont immédiatement produit un effet de fascination suscitant l’enthousiasme du public, des médias, du monde du luxe comme des milieux culturels1», indique Jean-Pierre Greff. Derrière le glamour, c’est bien le professionnalisme de l’événement, qui plonge les étudiant·e·s dans un premier grand bain, d’où émergent quelques figures qui mènent de belles carrières tels Xenia Laffély, Maxime Rappaz, Mickaël Vilchez, Vanessa Schindler, ou encore Marie-Ève Lecavalier, récente gagnante du Prix Chloé et mention spéciale du jury au Festival de Hyères en 2018, avec ses « déformations du quotidien » sous perfusions psychédéliques. Cette matrice et cet amplificateur qu’est le défilé, inspiré par le modèle que représente l’Académie d’Anvers, n’est pourtant pas sacralisé. Dans un échange à la fin du livre, Jean-Pierre Greff et Léa Peckre envisagent même son remplacement à moyen terme par de nouvelles formes moins formatées à inventer. L’autre souhait, plus pressant lui, c’est que, comme à Anvers, une scène de la mode éclose à Genève.

Ouvrage disponible à la vente: ici

FashionHEAD
A Decade of Fashion at Geneva School of Art and Design, 2007-2018
sous la dir. de Jean-Pierre Greff
Concept et rédaction: Nic Ulmi
Graphisme: Neo Neo – Thuy-An Hoang, Xavier Erni

Notes

  1. p.49