In my Head / Out of my Head

La HEAD–Genève est une école qui refuse obstinément de faire école. Un principe qu’elle réitère et démontre dans les pages généreuses et hétéroclites des deux gros volumes qu’elle se consacre à l’occasion de ses dix ans : In my Head et Out of my Head. Ces titres qui résonnent respectivement comme une ballade mélancolique et une chanson pop entêtante nous parlent de la tension productive entre le dedans et le dehors, entre l’intime et le public, qui sont aussi et surtout les deux faces de la création, en art et en design. C’est autour de ce rapport à la pratique, et non à des tendances supposés marquantes, que le récit d’un peu plus de dix ans de projets singuliers d’étudiant·e·s est organisé. Le premier tome se concentre sur les travaux développés au sein de l’école et le second sur ceux réalisés lors de partenariats avec d’autres organisations, au cœur de la cité.

Publication HEAD 10 ans: IN MY HEAD. © HEAD–Genève

 

In my Head est l’occasion de lire une série d’entretiens que le journaliste Nic Ulmi a mené avec les responsables de départements. Ces textes instructifs peuvent être vus comme des manifestes de la pédagogie qui est développée au sein des différentes têtes de l’hydre HEAD–Genève. En Arts Visuels, Charlotte Laubard explique l’approche d’un département tourné vers la conversation, la pluralité de l’équipe enseignante, en opposition aux structures classiques des beaux-arts où les étudiant·e·s sont placé·e·s sous l’égide d’un « maître ». La place grandissante de l’écriture, théorique et créative, est aussi rappelée. Jean Perret, ex-responsable du département Cinéma revient sur la notion hybride de cinéma du réel, défendue depuis longtemps par son département, comme un espace de création, où se mêlent documentaire, fiction et cinéma expérimental. Pour Jérôme Baratelli qui était responsable du département Communication visuelle jusqu’en 2018, proposer plusieurs regards, parfois contradictoires, permet aux étudiant·e·s de tracer leur propre voie, de même que l’emploi du jeu comme moteur de réflexion qui est valorisée en Communication visuelle. Elizabeth Fischer exprime pour sa part l’importance croissante de la sociologie et de l’anthropologie dans le département Design Mode et Design Produit/bijou et accessoires. Elle note aussi l’essor de la montre comme objet au cœur d’un renouveau créatif, des évolutions liées au genre et pour laquelle la HEAD a créé une chaire spécifique. Ces différents entretiens ponctuent un catalogue d’images de centaines de projets d’alumni et alumnae qui témoignent d’un spectre d’intérêts inépuisable et qui révèlent toute la richesse de formes de notre présent.

Publication HEAD 10 ans: OUT OF MY HEAD. © HEAD–Genève

 

À peine plus épais, le pendant Out of my Head – 475 pages contre 452 pages pour In my Head – souligne le rôle d’une école d’art contemporaine comme laboratoire de création, qui s’expose dans les artist-run spaces, comme dans les grandes institutions muséales, qui travaille avec des marques prestigieuses comme avec de petites maisons d’éditions, qui participe aux grandes foires internationales de design comme elle investit des quartiers populaires de la périphérie genevoise, dans une forme d’expansivité et de prolixité jouissive. Jean-Pierre Greff indique l’importance de ces collaborations externes en introduction : « À la vision d’une école-sanctuaire, fonctionnant en vase clos et sans liens directs avec les réalités de terrain, la HEAD–Genève préfère celle, plus actuelle, d’un creuset de rencontres en actes. »

S’il célèbre sa diversité et sa plasticité, ce double livre réalisé par le duo Schaffter Sahli est lui, graphiquement parlant, un objet typique de la HEAD–Genève : clair, sans effet de manche, au service des travaux qu’il rassemble. Un contenant solide pour les échanges qui sait se faire modeste.

Ouvrages disponible à la vente: ici et

In my Head / Out of my Head
Direction de la publication: Jean-Pierre Greff
Sélection et édition des textes: Nic Ulmi
Coordination éditoriale: Julie Enckell-Julliard
Design graphique: Schaffter Sahli