Montage. Une anthologie (1913–2018)

Le Département cinéma de la HEAD a consacré une anthologie de textes au montage cinématographique dirigée par Bertrand Bacqué, Lucrezia Lippi, Serge Margel et Olivier Zuchuat. L’ouvrage qui comble un vide éditorial rassemble 94 textes ou extraits d’écrits, en majorité de cinéastes et de monteur·euses, mais aussi de critiques, de philosophes, ou d’historien·ne·s de l’art qui se sont intéressé·e·s à cette problématique. Certains sont publiés pour la première fois en français, d’autres ont bénéficié de nouvelles traductions pour l’occasion. Classés dans l’ordre chronologique de leur publication, ces textes, interviews ou interventions télévisées, couvrent une période de plus d’un siècle, allant de de 1913 à 2018. Cela va des fondamentaux historiques (Sergueï Eisenstein, André Bazin, etc.) aux contemporains (Jacques Rancière ou Georges Didi-Huberman).

Aux textes programmatiques de Dziga Vertov, qui considérait le montage comme un moyen de faire apparaître des motifs économiques et politiques, et cela à toutes les étapes de production du film, succèdent des conceptions contemporaines plus émotionnelles et psychologiques comme celle de Bertrand Bonello. On traverse ainsi une histoire du cinéma comme un art qui a inventé cette opération de raccord de fragments ; technique que la littérature, les arts plastiques ou la musique se sont à leur tour appropriée. Un vocabulaire et une théorisation se forgent en même temps que des effets et des expérimentations, le montage alliant constamment théorie et pratique.

© HEAD – Genève, Baptiste Coulon, Michel Giesbrecht

 

Les éditeurs offrent pourtant d’autres lectures à cette histoire, qui viennent casser les époques, les écoles et les généalogies pour permettre un parcours à travers des notions convergentes ou divergentes. On trouve en fin d’ouvrage des leporello avec des schémas qui présentent dix pistes rhizomatiques établies par les chercheurs du département. La première de ces cartes intitulée « Les prédicats du montage » nous fait voyager entre les notions de « bourrage » et d’ « emballement » que Luc Moullet reconnaît dans les premiers films d’un Truffaut qui pratique un montage de la « débrouillardise », le « montage discrépant » du lettriste Isidore Isou, qui par des ruptures de synchronisation entre son et image vise à s’échapper de la vérité de l’image cinématographique, ou encore dans la codification de certaines figures de montage établie par le sémiologue Christian Metz.

© HEAD – Genève, Baptiste Coulon, Michel Giesbrecht

 

À travers ces multiples chemins de traverse, les éditeurs évitent les écueils de l’anthologie qui lisse les multiples contenus qu’elle renferme, cassent la téléologie que la progression temporelle pourrait suggérer, tout en proposant une boîte à outils généreuse, dans laquelle étudiant·e·s, cinéastes ou chercheur·se·s, peuvent puiser pour devenir des « lecteurs-monteurs ».

 

Montage. Une anthologie (1913–2018)
Bertrand Bacqué, Lucrezia Lippi, Serge Margel, Olivier Zuchuat (eds.)
HEAD – Genève, MAMCO

22 x 24 cm
576 pages
En vente ici