Éclairer les recoins

Une interview de Jean-Christophe Menu

De passage à Genève en décembre 2018 pour la cérémonie du Grand prix Töpffer, l’auteur de bande dessinée Jean-Christophe Menu, fondateur des maisons d’édition indépendante L’Association et l’Apocalypse discute de ses obsessions avec Clément Paurd. Il explique son instabilité chronique, entre les genres de l’autobiographie et de la fiction, les multiples formats et son intense activité d’éditeur. En ce qui concerne le dessin, l’auteur invoque la force de la schématisation qui éveille l’imagination du lecteur. Un voyage dans un esprit fragmenté passionné par l’exploration de toutes les possibilités de son médium.

À l’occasion du Grand Prix Rodolphe Töpffer 2018, qui lui a été décerné, et de l’exposition Recoins conçue par des étudiants de communication visuelle, l’auteur et éditeur de bande-dessinée français Jean-Christophe Menu s’entretient avec son confrère et enseignant à la HEAD Clément Paurd.

Cette figure majeure de la bande-dessinée indépendante revient sur ses multiples expérimentations, comme celles, collectives, de l’OuBaPo (ouvroir de bande dessinée potentielle), où il s’imposait des contraintes d’ordinaire réservées au texte tels que le palindrome. À l’inverse de la plupart de ses collègues, Jean-Christophe Menu s’est refusé à se limiter à un personnage récurrent, d’où une œuvre très riche. Mais s’il n’hésite pas à tuer les plus abjects de ses anti-héros, comme Meder, un psychopathe aux penchants scatologiques, leur fantôme peut ressurgir dans des planches plus tardives. Ou peut-être aussi dans ces rêves de valises remplies d’objets d’enfance qui semblent l’obséder. Marqué par le surréalisme, Menu voit dans les récits de son inconscient une passerelle entre ses pratiques de la fiction et de l’autobiographie. Une manière d’échapper au réalisme qu’il vilipende et de rendre hommage à certains de ses maîtres comme George Herriman.

L’exposition Recoins a été montée par Anne-Soorya Takoordyal, Maël Bächtold et Tristan Bartolini, assistés de Gaëtan Stierlin sous la direction de Jérôme Baratelli